Fragments. A, 17 ans

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« J’ai vu tous mes amis partir à l’école et moi ma mère n’avait pas assez pour que j’y aille. Ce que j’arrive à lire aujourd’hui, c’est ce que j’ai appris avec mes copains. Ils se mettaient avec moi dans un coin après leur journée à l’école et m’apprenaient à lire. J’ai tellement envie d’apprendre. » A., 17 ans, Côte d’Ivoire, un soir de décembre.

« J’ai partagé ma cellule avec des adultes, des Nigérians. Une nuit, il pleuvait très fort, ils ont réussi à s’évader. Je savais que j’allais me faire dénoncer et reprendre si je ne me cachais pas. Un des gardiens, le seul sur place, m’a demandé quel âge j’avais ; il avait travaillé au Mali et parlait un peu français, il m’ a gardé un peu chez lui et m’a fait passer en France sans rien me demander. » A., 16 ans au moment de ce récit, dont 6 mois de prison en Libye.

« Je n’aime pas me promener avec des sacs comme ça dans la rue. Là je suis avec toi, je suis en sécurité. Mais comme je suis noir, la police peut m’arrêter et trouver quelque chose de suspect dans mes sacs. Ça te fait rire ? Je vais te raconter.
J’étais depuis une semaine à Paris et j’étais Gare du Nord. Une personne m’a dit d’appeler ce numéro, tu sais le 115 ; comme je suis mineur, ils allaient m’aider. J’appelle, et une dame me dit d’aller au poste de police, de me présenter là-bas. Elle était toujours en ligne avec moi. Je cherche le poste de police, et je me dirige vers l’entrée, toujours le téléphone en main. Là des policiers me tombent dessus et m’emmènent dans le poste. Je dis que je venais les voir, que justement je suis avec une dame au téléphone qui va leur expliquer. Ils prennent le téléphone et raccrochent au nez de la dame.
Ils m’accusent d’avoir volé un téléphone avec un autre jeune. J’essaie de leur dire que si j’étais un voleur je n’aurais pas cherché le poste de police. Ça dure très longtemps, ils essaient de me faire avouer.
L’un d’eux a fini par rallumer le téléphone et la dame du 115 m’a rappelé, elle a expliqué  la situation. Ils m’ont quand même gardé une nuit au poste, avec un policier qui disait « qu’on était tous pareils ». Le lendemain on m’a présenté un avocat, j’ai eu peur, si on est innocent on n’a pas besoin d’un avocat. Il a parlé avec les policiers et j’ai pu partir. Mais je ne savais toujours pas où dormir ». A, 17 ans, le 2 janvier.

« Je crois que j’ai perdu mon courage. J’ai été courageux tout au long du voyage, mais ici il faut tout recommencer. Je suis fatigué, je n’ai plus la force ».

Récits recueillis par Laurence

Dessin : Phil